Le président argentin, Alberto Fernández, a décidé vendredi de revenir sur son intention d'exproprier l'entreprise agro-exportatrice Vicentin, qui est en voie de faillite et fait l'objet d'une enquête pour fraude contre l'État.

La décision a été adoptée par un décret de nécessité et d'urgence (DNU) qui a abrogé le décret précédent, lequel établissait une procédure de nationalisation et de régularisation des dettes pour soutenir la production et les sources de travail de l'entreprise.

Par le biais de son compte Twitter, le président a souligné que le juge qui est intervenu dans la procédure de prévention de la crise de Vicentin, Fabián Lorenzini, "n'a pas encore permis à l'État de connaître le passif réel de l'entreprise", selon M. Fernández.

Selon le président, Lorenzini a également empêché l'accès à l'intervention des fonctionnaires désignés par le gouvernement, et a maintenu dans leurs fonctions les directeurs responsables de la crise, qui "compte tenu de la passivité du tribunal, n'ont toujours pas remis le bilan et le rapport pour l'exercice 2019".

Pour cette raison, la Casa Rosada a préféré "ne pas engager de ressources publiques tant que le conseil d'administration actuel reste dans l'entreprise, ni intégrer une fiducie partageant la gestion de celle-ci".

Le chef de l'Etat a déclaré que l'intention de son administration était toujours de sauver la société Vicentin, de préserver ses actifs, de collaborer avec les producteurs touchés et de maintenir ses sources de travail. Mais avant cela, a-t-il dit, il a l'obligation d'enquêter sur les manœuvres qui ont provoqué l'état de faillite dans lequel se trouve l'entreprise, ainsi que de régler les responsabilités et de préserver les intérêts de l'État.

La société, l'un des principaux exportateurs de céréales et d'huiles du pays, a une dette de 1,35 milliard de dollars, et une éventuelle faillite laisserait 2 600 personnes sans emploi. D'autre part, les tribunaux examinent les crédits de 300 millions de dollars accordés par la Banco Nación, sous l'administration de Mauricio Macri, alors que l'entreprise était déjà financièrement étranglée. Ce chiffre dépasse également la limite que la loi permet de donner aux banques publiques

Le projet officiel d'expropriation de Vicentin a subi plusieurs revers depuis que le chef péroniste l'a annoncé. Malgré la crise sanitaire et la quarantaine imposée au pays par le coronavirus, il y a eu des manifestations pour défendre la propriété privée et contre le "communisme" d'Alberto Fernández.

Au milieu de la tension politique, le juge Lorenzini a décidé de rendre l'administration de la société Vicentin à ses dirigeants pour une période de 60 jours et a donné le rôle de "surveillant" aux auditeurs nommés par l'exécutif. Après avoir qualifié la mesure judiciaire d'"absurde", M. Fernández a assuré qu'il n'y aurait pas de retour en arrière avec cette initiative.

 

Source: RT - Traduction: Romain Migus

 

Note des 2 Rives: Sur ce sujet nous renvoyons à l'analyse faite par Romain Migus dans un précédent Journal de l'Amérique Latine