Samuel Moncada, ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela auprès de l’ONU, a dénoncé le mercredi 19 août que le Centre d’études stratégiques internationales a organisé une réunion secrète en 2019 pour discuter d’une attaque militaire américano-colombienne sur le Venezuela avec la participation de membres de l’opposition au gouvernement vénézuélien.

Le contexte de l’agression s’inscrirait dans le chaos que la pandémie provoquerait dans le pays, de sorte que « pour des raisons humanitaires », la nation bolivarienne devrait être envahie avant les prochaines élections présidentielles aux États-Unis et avec le soutien de la Colombie, du Guyana et du Brésil.

La crise économique interne, l’affaiblissement du pouvoir d’achat de la population active face à la spéculation dans le commerce de biens et de services, les difficultés d’accès à la nourriture et aux médicaments à l’intérieur du pays, surtout dans les zones frontalières, apparaissent comme une faiblesse qui pourrait être exploitée par Washington. La résilience, d’autre part, est le point d’appui du peuple qui, malgré toute conspiration, crée et recrée sa vie.

1/ Le Centre d’études stratégiques internationales est l’un des organes de propagande les plus actifs de Washington dans la campagne pour l’invasion du Venezuela. En 2019, elle a organisé une réunion secrète pour discuter de l’attaque militaire US-Colombie contre le Venezuela avec des traîtres vénézuéliens. Voir ici : pic.twitter.com/JszcZ7Pkxn

 Samuel Moncada (@SMoncada_VEN) 20 août 2020

Signes précurseurs d’une agression

Premier signe : Bloquer la Russie

Avec le même schéma déjà utilisé au Venezuela, le Pentagone et son bras armé européen, l’OTAN, développent une stratégie de déstabilisation en Biélorussie, en s’appuyant sur le contexte des récentes élections présidentielles. L’objectif est de maintenir la Russie focalisée sur ce côté de la carte planétaire, sans qu’elle puisse développer un soutien opérationnel au pays sud-américain face à une éventuelle agression. Les récents événements au Liban, les provocations permanentes en Syrie et le fait qu’Israël garde la zone du Moyen-Orient au chaud, poussent la stratégie dans cette direction. Une stratégie des mains attachées.

Deuxième signe : Black-out de l’information

Depuis des années, le siège médiatique contre le Venezuela s’intensifie. D’une part, les cartels d’entreprises de diffusion développent des opérations psychologiques par le biais de fausses nouvelles qui alimentent le malaise social dans le pays, et font également en sorte de maintenir la question du « Venezuela » à l’ordre du jour des pays occidentaux.

Mais aujourd’hui, ils veulent empêcher que la réalité du pays soit connue et que tout ce qui se passera dans les prochains jours ne puisse être vu qu’au travers des plateformes et canaux qu’ils auront choisis. C’est la seule façon de comprendre l’attaque perpétrée contre Telesur ; le fait que Directv, la principale plate-forme de télévision par satellite, a cessé ses activités dans le pays et les a récemment reprises avec une autre société, mais sans RT ni HispanTV dans sa grille de programmes.

Il faut également ajouter que Twitter a bloqué les comptes de partisans du chavisme ainsi que de hauts représentants du gouvernement. Même Youtube a rejoint le blocus en fermant trois comptes du gouvernement vénézuélien sur sa plateforme.

Aujourd’hui, @Youtube a annulé les TROIS comptes que la chaîne d’État du #Venezuela, Venezolana de Televisión @VTVcanal8, sur lesquels étaient conservés des MILLIERS de vidéos historiques depuis plusieurs années, ainsi que des programmes télévisés complets. https://t.co/2JHkedLIY6

– Luigino Bracci Roa (@lubrio) 20 août 2020

Troisième signe : Réactivation de l’opposition radicale

Si une chose sert de force de cohésion puissante pour les forces politiques qui s’opposent au gouvernement bolivarien, c’est bien la proximité d’une agression militaire. Le 19 août, Juan Guaidó est réapparu devant l’opinion publique pour exposer ce qu’il appelle la voie unitaire qu’il recherche :

1.      « Dénoncer, refuser et ignorer la fraude parlementaire

2.      Appeler le pays à exprimer sa véritable volonté à travers un mécanisme national et international de participation citoyenne massive.

3.      Activer un programme d’action et de mobilisation nationale et internationale pour obtenir les mesures nécessaires de la part des forces armées, de la communauté internationale et de chacun de nos alliés ».

Cela se traduit par : entraver la tenue d’élections législatives, organiser un plébiscite pour faire avancer la formation d’un gouvernement de transition, et bien sûr, provoquer des troubles violents afin que la communauté internationale puisse avoir son « maidan caribéens » et active ainsi ses armées d’occupation.

Quatrième signe : le casus belli d’Ivan Duque

La Colombie, dénoncée par les organismes internationaux comme le principal producteur et exportateur de cocaïne au monde, et où l’Observatoire de la mémoire et des conflits a enregistré que plus de 262.197 personnes mortes à ce jour dans sa guerre interne. Or son président, Iván Duque, vient d’annoncer ce qui suit : « Nous avons des informations des services de renseignement selon lesquelles la Garde vénézuélienne triangule des armes vers des structures irrégulières à la frontière ». Plus loin, il poursuit :  « des informations des agences internationales de renseignement assurent que Nicolás Maduro veut acheter à l’Iran des missiles à moyenne et longue portée ».

Face à ces déclaration, le ministre vénézuélien de la défense, Vladimir Padrino Lopez, est monté au créneau en affirmant qu’il s’agit là d’un « faux positif » de plus pour détourner l’attention des massacres quotidiens de dirigeants paysans qui ont lieu dans ce pays et faire le lit d’une guerre dans la région.

Aujourd’hui, le tueur en série responsable des massacres et des crimes en Colombie, Ivan Duque Márquez, tente de détourner l’attention vers le Venezuela en utilisant la stratégie du faux positif comme un leurre, en profitant de la situation géopolitique. (1/3) pic.twitter.com/1nzhy7G3qB

– Vladimir Padrino L. (@vladimirpadrino) 20 août 2020

Cinquième signe : la disparition de Carlos Lanz

Un ancien guérillero, devenu l’un des plus importants théoriciens de la guerre non conventionnelle et de la stratégie de guerre par procuration ou guerre subsidiaire contre le Venezuela a disparu devant la porte de sa maison il y a plus de dix jours. Les autorités vénézuéliennes, ainsi que le mouvement populaire, ont élevé la voix pour dénoncer ce qu’ils commencent à appeler « un enlèvement forcé » qui doit faire l’objet d’une enquête. Carlos Lanz a dénoncé avec véhémence que l’hypothèse la plus probable d’une agression contre la nation bolivarienne viendra de Colombie et sera exécutée par ce qu’il appelle des groupes sans appartenance ou des mercenaires.

« On prête peu d’attention à l’axe Cúcuta-Catatatumbo, sauf pour désigner les traditionnelles activités criminelles qui s’y déroulent. Néanmoins, l’utilisation de ce corridor stratégique sera vitale pour le développement de la guerre subsidiaire contre le Venezuela », avait déclaré Carlos Lanz dans une interview accordée à Sputnik.

Sixième signe : utiliser le COVID-19 comme allié

En avril de cette année, Maria Zakharov, porte-parole du ministère russe des affaires étrangères, a dénoncé le fait que Washington et « certains groupes politiques dans certains pays » allaient utiliser la situation épidémiologique au Venezuela pour mener un coup d’État définitif contre le gouvernement vénézuélien.

En ce moment, avec un appareil d’État presque exclusivement dédié à la lutte contre la pandémie et avec un système hospitalier aux ressources et capacités réduites en raison du blocus financier et économique imposé au pays, le Venezuela se trouve dans une situation compromettante qui risque d’être utilisée par ses ennemis internes et externes. La priorité dans ce cas, pour ceux qui conçoivent l’agression, est d’avancer dans la cassure définitive avant que le vaccin Spoutnik V n’atteigne le pays et ne fasse pencher la balance en faveur du peuple vénézuélien.

Trump et ses hommes de main utilisent la pandémie comme une arme d’extermination en même temps que l’asphyxie économique. C’est une expérience génocidaire que notre nation n’a jamais connue auparavant et elle exige un maximum de discipline et de conscience pour sauver notre peuple. C’est une lutte unique pour la vie et la souveraineté ! pic.twitter.com/pOqRcYxaax

– Samuel Moncada (@SMoncada_VEN) 20 août 2020

Septième signe : encourager l’agitation sociale

Le 14 août, les États-Unis ont confisqué plus de 1.118 million de barils de carburant à bord de quatre pétroliers battant pavillon étranger (Bella, Bering, Pandi et Luna), que l’Iran aurait vendus au Venezuela pour satisfaire ses besoins en essence.

La nouvelle a été confirmée par le ministre iranien du pétrole, Biyan Zangané. Ces opérations visent à ce que le siège et l’asphyxie du pays deviennent toujours plus forts au fil des jours. L’exacerbation des tensions internes, comme nous l’avons déjà indiqué, fait partie intégrante de la voie unitaire proposée par Juan Guaidó.

Huitième signe : le terrorisme et « la surprise d’octobre »

En 2018, l’ancien chef de cabinet de Barack Obama et alors maire de Chicago, Rahm Emmanuel, déclarait que Donald Trump, se voyant assiégé politiquement, pouvait « ordonner une action militaire au Venezuela pour des raisons politiques ». Dans le jargon politique de cette nation, un événement imprévu qui pourrait changer les tendances électorales face aux élections est appelé « surprise d’octobre ». En ce moment, deux ans plus tard, ce n’est pas une majorité législative qui se joue pour Trump, mais bien son propre avenir à la tête de la Maison Blanche.

Ce n’est pas par hasard qu’il a désigné Elliot Abrams pour s’occuper des cas du Venezuela et de l’Iran. La stratégie visant à rendre une action militaire acceptable devant l’opinion publique américaine sera, telle qu’elle se dessine, le prétexte de la « lutte contre le terrorisme ». Cet ennemi invisible qui a procuré tant de bénéfices aux transnationales du pétrole et de l’armement. C’est pourquoi il faut toujours craindre qu’un homme politique américain ne fasse pas bonne figure dans les sondages. L’électeur moyen aime avoir le sentiment de sauver le monde, bien sûr, si la mort et la douleur surviennent loin de ses jardins et de ses centres commerciaux.

Le tableau n’est pas simple pour la nation bolivarienne. Cependant, même lorsqu’il y a beaucoup de signes à craindre, en politique et plus encore en temps de guerre, 2 + 2 ne donne pas toujours 4. Des impondérables se bousculent sans arrêt et peuvent changer les prévisions. Il faut également se rappeler que sur un échiquier, il n’y a pas qu’une seule main qui déplace les pièces. Le Venezuela est occupé à préparer un système de dissuasion qui a été évalué par des experts militaires et qui pose de sérieuses difficultés pour toute aventure militaire.

En outre, les États-Unis sont dans une course pour ne pas perdre leur hégémonie mondiale et, bien que le Venezuela puisse leur paraître alléchant pour disposer d’une plate-forme de ressources énergétiques qui leur donnerait des ailes pour reprendre le contrôle de la planète, une défaite dans le « Vietnam des Caraïbes » serait la mort définitive de cet empire qui a le plus apporté de souffrance à l’histoire récente de l’humanité.

 

Mauricio Montes

Source : https://mundo.sputniknews.com/ Traduction : Venesol