État des lieux du néolibéralisme au Honduras – José MOLINA

8 septembre 2020

Après le coup d’État de 2009, les gouvernements en place menés par le Parti national, ont fait de la précarité du travail une politique prioritaire de l’État, en appliquant les recommandations des organisations financières internationales, des transnationales et des propriétaires des principales entreprises, maquiladoras et banques du pays.

Ainsi, sous le gouvernement de Pepe Lobo, et alors que Juan Hernández [le président actuel du Honduras, NdL2R] était président du Congrès national, le Programme national d’emploi horaire a été approuvé par le décret 230-2010 sur une base « temporaire », arguant que la loi était très bénéfique pour la population économiquement active car les travailleurs pouvaient exercer jusqu’à trois emplois simultanément.

Quatre ans plus tard, (2014), par le biais du décret 354-2013, le congrès a approuvé de manière permanente la désastreuse loi sur le travail horaire, malgré les protestations des travailleurs organisés, qui ont mis en garde contre l’atteinte aux principales conquêtes ouvrières obtenues lors de la glorieuse grève de la banane de 1954, telles que : la stabilité du travail, la journée de 8 heures, les avantages sociaux, les congés payés, le paiement du quatorzième mois de salaire, la sécurité sociale et la libre syndicalisation. En outre, cette loi déplace les personnes ayant un emploi permanent qui, une fois qu’elles sont employées de façon précaire vers le salaire horaire qu’elles reçoivent, ne les ajuste pas pour couvrir le coût du panier alimenaire de base.

Les conséquences de ces recettes néolibérales, développées à l’étranger et appliquées au pied de la lettre dans notre pays par les barons de la drogue au pouvoir, ont été désastreuses : la pauvreté est plus grande et touche plus de 70 % de la population ; la concentration des richesses entre quelques mains (oligarchie-militaire-civil) ; le démantèlement de l’État-nation par une dictature narco-oligarchique et militaire qui contrôle tous les pouvoirs de l’État, les médias corporatifs, les chefs des églises et la société civile ; la stagnation et la régression de l’économie ; la militarisation de la société ; les privatisations ; l’ouverture aux capitaux étrangers et les concessions des biens communs de la Terre Mère (extractivisme).

La liste continue encore : vente du territoire national (ZEDES) ; migration en particulier vers les États-Unis, le Panama et l’Espagne ; augmentation exponentielle de la dette extérieure ; taux élevé de criminalité et de féminicide, trafic de drogue, d’armes et de personnes ; corruption et vol flagrant de fonds publics, en particulier dans les domaines de la santé, des ressources naturelles et de l’éducation ; bas salaires ; chômage et licenciements (massacres), etc.

Et comme si cela ne suffisait pas, en décembre dernier, dans la ville de Wuhan, en République populaire de Chine, une épidémie de la maladie infectieuse appelée Covid-19 a éclaté, déclarée pandémie mondiale par l’OMS et qui a déjà infecté plus de 60 000 Honduriens (chiffres officiels) (il n’existe toujours pas de remède ni de vaccin contre Covid-19, malgré les efforts de la science et de la technologie).

Le 13 mars, le Congrès national a approuvé en un seul débat en utilisant sa majorité de parti mécanique, la Loi spéciale d’accélération économique et de protection sociale pour faire face à la pandémie de Covid-19 (construction d’hôpitaux), accordant au Narco-Gouvernement 420 millions de dollars, soit environ 10 milliards de lempiras [la monnaie du Honduras, NdL2R].

Et ils ont continué à se donner plus de moyens. Au 31 mai, plus de 18,3 milliards de lempiras avaient été approuvés, plus une réduction de 10 % des budgets de toutes les institutions gouvernementales et une déduction sur les salaires des employés publics. Cependant, les employés du secteur de la santé continuent d’acheter leurs propres fournitures de biosécurité et les hôpitaux sont vides de médicaments et de matériel médical, la question qui se pose généralement est de savoir où se trouve l’argent.

Pendant ce temps, des milliers de travailleurs qui travaillent dans les franchises de restauration rapide (INTUR) ont été suspendus sans salaire pendant 3 mois, il en va de même pour les travailleurs des maquiladoras (zones de traitement pour l’exportation) ; ils ont été licenciés sans aucun droit du travail. Les employés du publics se retrouvent en détresse, eux à qui on dit qu’ils sont sur la liste noire et qu’ils partiront « à plat », c’est-à-dire sans prestations sociales. Et que dire des millions de compatriotes qui gagnent leur vie au quotidien grâce aux diverses activités de l’économie informelle, de la femme qui vend des sacs d’eau ou ramasse des bidons et des pots en plastique aux micro-entrepreneurs.

Le Covid-19 en est venu à dévoiler l’essence déshumanisée et cruelle du néolibéralisme,  les gens sont confrontés quotidiennement au choix de sortir dans la rue pour manger ou bien de mourir.

 

José MOLINA

Source: El Perro Amarillo – Traduction: Paul Genre pour Les 2 Rives