Cuba libéralise son économie

19 juin 2026

Cuba a adopté un vaste train de réformes visant à renforcer l’économie de marché et à faire face à une crise interne prolongée, dans un contexte de forte pression politique et économique exercée par les États-Unis.

Cet ensemble de 176 mesures représente le changement le plus profond du modèle économique cubain depuis la mise en place du système communiste il y a près de sept décennies, selon une analyse de l’AFP.

Voici les principales modifications annoncées :

Secteur privé

Le gouvernement cubain élargit considérablement la place accordée à l’initiative privée. Les micro-, petites et moyennes entreprises, autorisées depuis 2021, jouent déjà un rôle important dans des secteurs tels que le commerce de détail et les transports.

Grâce à ces nouvelles dispositions, la création d’entreprises privées de plus grande envergure sera autorisée, sans limite de taille, et les citoyens pourront créer plusieurs sociétés. De même, la possibilité est ouverte aux investisseurs étrangers de participer directement à des entreprises privées, sans obligation de s’associer exclusivement avec l’État.

Les autorités prévoient également une simplification des formalités pour la création d’entreprises. Parallèlement, les entreprises d’État seront transformées en sociétés commerciales et le système salarial centralisé sera supprimé, pour être remplacé par des accords internes au sein de chaque entité.

Énergie

L’approvisionnement en carburant, un problème structurel sur l’île même avant le durcissement du blocus étasunien, devient un axe central de la réforme.

Le plan prévoit la participation de capitaux privés et étrangers à l’achat et à la commercialisation des carburants, y compris sur le marché de détail. De plus, des incitations fiscales seront mises en place pour les projets d’énergies renouvelables, en particulier le développement de l’énergie solaire, dont l’utilisation s’est accrue ces dernières années dans le contexte de la crise énergétique.

Propriété

Bien que les Cubains puissent posséder des logements depuis 2011, une grande partie du parc immobilier reste sous contrôle de l’État.

Les réformes autorisent l’achat de biens immobiliers appartenant à l’État par des résidents à l’intérieur et à l’extérieur du pays, au cas par cas, ainsi que l’acquisition de biens situés dans des zones à potentiel touristique, ce qui ouvre de nouvelles perspectives sur le marché immobilier.

Secteur bancaire

Le système financier sera également assoupli. La participation privée dans le secteur bancaire sera encouragée et, pour la première fois, les particuliers et les entreprises privées pourront ouvrir des comptes en devises étrangères.

De même, les transferts de fonds — une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles — ne passeront plus exclusivement par l’État. L’exploitation privée de bureaux de change est également autorisée.

Terres

Le régime foncier reste sous contrôle de l’État, mais son utilisation est élargie grâce à des régimes d’usufruit à durée indéterminée.

Les terres agricoles pourront être exploitées par des particuliers dans le cadre d’activités forestières, d’agrotourisme et de production de tabac, dans le but de dynamiser le secteur rural sans modifier la propriété étatique du sol.

Adoption législative, urgence politique et objectifs des réformes

L’Assemblée nationale du pouvoir populaire de Cuba a approuvé un ensemble de réformes économiques visant à libéraliser et à décentraliser l’économie de l’île, dans un contexte de crise interne profonde et de pression extérieure croissante. Le Premier ministre, Manuel Marrero, a indiqué qu’un groupe de travail serait mis en place pour évaluer et gérer l’impact de ces changements sur l’ordre juridique du pays.

Lors de sa présentation devant le Parlement, M. Marrero a souligné qu’il s’agissait de « mesures à impact stratégique » qui ne sont pas rigides et qui n’impliquent pas un abandon du modèle socialiste, mais — selon lui — une condition nécessaire à sa préservation à long terme.

Ce train de mesures prévoit l’arrivée de nouveaux acteurs dans des secteurs tels que le tourisme selon de « nouvelles modalités », ainsi que la promotion des investissements directs étrangers, en mettant particulièrement l’accent sur les Cubains résidant à l’étranger. Il prévoit également une plus grande ouverture au secteur privé et l’élargissement de sa participation à différentes activités économiques.

De même, les réformes intègrent des mécanismes tels que les procédures de faillite, de liquidation et de restructuration des entreprises, ainsi que la transformation des entreprises d’État en sociétés commerciales par actions ou à participation. L’État, selon ce qui a été exposé, définira son niveau de participation au capital dans chaque secteur, en conservant des positions majoritaires dans les domaines considérés comme stratégiques.

Le plan vise également une plus grande décentralisation de l’économie, en accordant davantage d’autonomie aux entreprises d’État et aux collectivités locales, ainsi que des changements destinés à dynamiser l’agriculture, le commerce extérieur et le marché immobilier. Parallèlement, une participation accrue du capital privé dans le système financier est prévue, y compris la création éventuelle de banques privées sous la régulation de la Banque centrale.

L’adoption de ce train de mesures s’est faite en urgence, après sa présentation préalable par le président Miguel Díaz-Canel devant le Comité central du Parti communiste cubain, qui l’a approuvé lors d’une séance plénière extraordinaire. Le chef de l’État a reconnu que bon nombre de ces mesures n’étaient pas nouvelles, mais a admis que leur mise en œuvre antérieure avait été une « erreur », soulignant que le pays « a besoin de résultats concrets » face à la crise.

Source: Gestión – Traduction: Romain Migus